Hommage à Ideflawen
Ğǧet-iyi abrid ad ɛeddiɣ / Iwumi ar i-tugadem?
Laissez-moi libre la voie / Pourquoi avoir peur de moi ?
Chanteur, auteur-compositeur-interprète, musicien, Ali Ideflawen, de son vrai nom Ali Ait Ferhat, a été l’un des membres fondateurs du groupe Ideflawen (Les neiges) avec notamment Lhacène Ziani (parolier, aujourd’hui installé au Canada) et Zahir Adjou (musicien).
Entre la sortie en 1983 de son premier et fondateur album, Igujilen n Yiles (« Les orphelins de la langue ») jusqu’à son dernier Abudali (« Le troubadour ») sorti en 2018, considéré comme son testament artistique, Ali Ideflawem est l’auteur de 11 albums dont Gget-iyi abrid (1988) ; Berwagiya (1991), dédié aux détenus du Printemps berbère ou Tamurt inu (2001) (« Ma terre »).
Parmi les artistes qui ont accompagné l’Association de Culture Berbère (ACB), Ideflawen occupe une place particulière. Nos archives rappellent qu’il comptait parmi les artistes avec lesquels nous avons noué de nombreux partenariats au fil des décennies, contribuant, aux côtés des grandes voix de la chanson kabyle, au rayonnement de la culture amazighe en France. Ces liens montrent que nous partagions les mêmes valeurs de transmission, d’engagement et de mémoire.
Ideflawen était l’un des piliers de la chanson kabyle des années 1970 et 1980. Son répertoire a abordé de nombreux thèmes, témoignant de ses engagements multiples, en faveur bien sûr de la langue et de la culture amazighes, des droits des femmes (chanson Tilemzit où il dénonce le mariage sans consentement et le Code de la famille) ou de la liberté en général.
Parmi ses chansons inoubliables figurent en particulier « Gget-iyi abrid ad ɛeddiɣ » (Laissez-moi passer), hymne à la liberté d’expression et de mouvement et Berrouagia qui dénonce l’enfermement des militants de la cause berbère d’avril 1980.
Ali Ideflawen a entretenu une forte relation de collaboration artistique et d’amitié avec le poète Muhend u Yahya (Mohia) dont il a chanté plusieurs poèmes dont « Seltan n lmejbada », « Ay amxix-iw », « Yibwass ad dlun fellas », « A muh n muh », « Nukni s iyennaten-agi ».
Pour le poète Lhacène Ziani, qui fut aussi son parolier et ami, Ali Ideflawen « fut le porte-voix du groupe Ideflawen qui n’a jamais hésité à chanter publiquement mes textes dans les moments où la censure était monnaie courante et les menaces multiformes ».
Nous saluons son héritage artistique et humain.
À sa famille, à ses proches, à ses amis et à tous ses admirateurs, nous adressons nos plus sincères condoléances.
Repose en paix, Ali.