Exposition d'art traditionnel kabyle par Nazor

Au moment où le monde érige des murs, Nazor a décidé de construire des ponts. Entre le leg patrimonial et la modernité. Entre l’héritage de nos aïeules et les techniques contemporaines.
Entre l’artisanat primitif et l’art plastique. Entre les générations des siècles passés et celle l’instant présent. Entre les deux rives de la méditerranée. Son œuvre prend l’allure d’une multitude de passerelles. A 49 ans, l’artiste met la lumière sur l’artisanat ancestral de sa Kabylie natale, la poterie dans toutes ses dimensions, en s’appuyant sur les techniques modernes de l’art plastique. C’est que Nazor a été la meilleure des écoles, celle de sa mère, sa véritable source d’inspiration, et de toutes les vieilles de son berceau, Maatkas, une référence en termes de poterie, auprès desquelles il a tout appris ou presque. Presque, parce que l’artiste ne s’est pas contenté de ces connaissances acquises au gré de ses années d’enfant et d’adolescent. Il a consolidé cette assise par une multitude de formation, de la poterie à la bijouterie en passant par la cuisine, avec toujours à l’esprit la volonté ferme de mettre en valeur le formidable diversité et richesse de la culture berbère.
Témoin d’une identité millénaire, il participe humblement, à la maintenir vivante à travers une œuvre dont l’originalité réside dans l’utilisation de matériaux traditionnels (pigments naturels). Son exil forcé en France, au crépuscule de l’année 2007, au moment où en Algérie la haine islamiste maintenait encore sa menace sur les hommes de culture, lui aura permis de s’initier à l’art plastique, de caresser la toile et d’opérer la jonction entre ces deux procédés. Ses créations sont un message de gratitude à tous celles qui ont préservé cet art primitif ancestral. A travers elles, c’est tout l’âme de nos vieilles kabyles qui s’exprime, tel un cri intime et vibrant. C’est la maison kabyle qui renaît de ses cendres, comme pour rejeter les catacombes de l’oubli. C’est ces mains caleuses, usées par le temps et l’effort, qui retrouvent jeunesse et vigueur. C’est ce capital séculaire, qui traverse le temps, et qui impose son statut de valeur étalon. Nazor, qui peint à l’instinct et de mémoire et en quelque sorte ce gardien du temple. Un temple qu’il matérialise au quotidien. Mais pas que ! L’artiste, qui compte de plusieurs expositions en Algérie et en France, a formé de nombreux jeunes et à fait de sa maison natale, un véritable musée kabyle, s’attelant inlassablement à orner la demeure de multitude d’objets anciens (poteries, tapis, bijoux, ustensiles de cuisines, outils…)
 
L’œuvre de Nazor, qui se qualifie d’ambassadeur de toutes les vieilles femmes de Maatkas, est un formidable voyage dans le temps. Un pont entre passé et présent qui nous fait oublier, l’instant d’un regard, les murs gris qui nous entourent.
 
LIESSE DJERAOUD