Azal Belkadi à la Bellevilloise

Un concert entre mémoire kabyle, souffle lyrique et jazz africain

Entouré d’une formation d’exception, réunissant ses meilleurs musiciens, Azal propose un spectacle intense, incarné, à la croisée des héritages kabyles, du jazz et des musiques africaines.

Au cœur de cette rencontre musicale, un compagnon de route et un ami : Jean-Philippe Rykiel, pianiste, compositeur et arrangeur de renom, grand amoureux des musiques africaines. Celui qui a collaboré avec Brigitte Fontaine et de grands jazzmen américains est aussi l’un des artistes qui a donné à Azal l’envie de chanter. Leur rencontre, rendue possible grâce à Brahim Izri, marque le point de départ d’une aventure artistique singulière.

Sur scène, Jean-Philippe Rykiel sera au piano entouré d’une formation d’excellence : Djamel Hamiteche à la batterie, Moussa Kaci à la flûte, Yoko Taniguchi au violon, Rachid Belarbi au piano. Deux choristes viendront enrichir les harmonies Djidji et Myriam.

La soirée sera également placée sous le signe de l’hommage. Hommage à Chérif Kheddam, avec la participation d’Abder Halit au oud, hommage à Idir, avec le guitariste Achour Oukasha, hommage aussi à Boualem Rabia, l’ancien professeur aux Beaux-Arts d’Azal, qui lui transmit des airs traditionnels.

Azal revendique l’amour du jazz et rappelle que la culture amazighe est une culture africaine — comme le jazz lui-même, né des profondeurs du continent. Ce dialogue entre Kabylie, Afrique et Occident irrigue toute sa démarche artistique.

 

Une mémoire vivante

Chez Azal, la musique s’enracine dans l’enfance. De sa mère, tisseuse, il a reçu le rythme à travers le mouvement du métier à tisser, le sens des motifs et des couleurs, les symboles cachés dans les tapis : la trace de la perdrix, la féminité, la douceur… Avant même de savoir écrire son nom, il savait déjà mélanger les couleurs et lire les signes. Son père, francophone, immigré en France à treize ans, lui a transmis l’ouverture, la laïcité et le respect des autres cultures.

De cette double filiation naît une vision universelle : la culture berbère comme socle, l’altérité comme horizon.

Dans ses chansons résonnent les chants que sa mère fredonnait à son oreille : chants d’immigration, chants de la vie quotidienne, complaintes anciennes. Azal en conserve les mélodies et les rythmes, mais en réécrit les textes. Il fait parler les morts, relie les adieux d’autrefois à l’expérience contemporaine de l’exil – « uletma-s n lmut», cette « sœur de la mort » comme on dit en kabyle.

Il rend hommage à celles et ceux qui ont façonné sa conscience culturelle : Taos Amrouche, dont il salue la dimension universelle du chant lyrique, Kateb Yacine, Mouloud Mammeri, Assia Djebar, Mouloud Feraoun — découverts grâce à Ghanima Amzal, la sœur de Kamel Amzal, professeure de français, courageuse qui enseignait quasi clandestinement : « Moi je ne savais pas qu’on avait ce patrimoine et que dans une certaine mesure nous étions privilégiés par rapport aux autres camarades. On faisait les cours en cachette. On découvrait notre culture, nos écrivains, notre histoire. Même chose pour le tifinagh. Elle nous a fait prendre conscience de notre culture ».

Une voix singulière

Formé auprès des meilleurs professeurs de chant à Paris, notamment du coach de Roberto Alagna, Azal développe une voix indéfinissable, entre ténor et baryton, à la fois lyrique et enracinée. Certains évoquent Taos Amrouche lorsqu’ils l’écoutent : « je suis honoré qu’on me dises tu chantes comme Taos Amrouche ». Car pour lui, le chant lyrique donne une autre dimension au patrimoine amazigh — une portée universelle. Taos Amrouche, celle qui « n’a pas chanté que pour les Kabyles, mais pour l’universel » comme lui a dit un jour le cinéaste Abderrahmane Bouguermouh.

Ce concert est annoncé comme un retour. Il sera une traversée : entre mémoire intime et histoire collective, entre Kabylie et Afrique, entre tradition et création. Un moment rare où la musique devient transmission, hommage et célébration vivante d’une culture en mouvement.

 

 

Dimanche 1er mars 2026 à 18h30 à la Bellevilloise