AZUL KABYLIE

Une exposition photographique d'Erwan Smis

Fin 2013, l’occasion de photographier un tournage en Kabylie s’est présentée à moi. Celui-ci porte sur une série de vingt-cinq épisodes consacrée à la vie d’une jeune femme, née en France de parents kabyles, qui choisit l’hôpital Frantz Fanon de Béjaïa pour effectuer son stage d’études.

L‘Algérie et plus particulièrement la Kabylie m’étaient complètement inconnues et j’en connaissais juste les plats traditionnels que je dégustais souvent du coté de Ménilmontant… Le romancier et réalisateur Ammar Arab m’a donc dépêché avec son équipe.

Durant deux mois, d’un village abandonné du nom de Djebla aux routes sinueuses surplombantes la Méditerranée, d’ Azzefoun à Boulimat, de nos excursions à Bouira en passant par Seddouk et les vendredis de repos à arpenter Béjaïa… Cette région est restée gravée en moi à jamais.

Jamais je n’oublierai la gentillesse et l’hospitalité des personnes rencontrées, de l’équipe de tournage, des actrices et acteurs de la série, du modeste épicier à côté de l’auberge au coiffeur de Bejaïa…

Dans le village de Djebla

Nous sommes arrivés le 28 septembre, c’ était la fin de l’été en France, mais certainement pas en Kabylie. Le 1er octobre après quelques repérages des décors, premier jour de tournage en haut d’une montagne, sous un soleil de plomb, plus précisément dans le village de Djebla (Beni K’sila). Niché sur les hauteurs de la wilaya de Béjaïa, il incarne le charme intemporel des villages kabyles. Je m’en rappelle comme si c’ était hier, une atmosphère calme et silencieuse ponctuée par des mélodies de chants d’oiseaux, des ruelles pittoresques, des maisons traditionnelles aux portes en bois ornées et toits de tuiles ocres, des figuiers sur lesquels nous nous sommes servis abondamment et une vue sur la Méditerranée, entourée de montagnes verdoyantes.

Nous tournons chaque jour dans ce village pendant un mois, des scènes dynamiques tournées au « steadicam » de la rue principale aux moments plus intimes axés sur les échanges oraux de la vie quotidienne, à l’intérieur des maisons prêtées pour l’occasion.

A la tombée de la nuit, toute l ‘équipe remonte dans le car qui nous ramène à une dizaine de kilomètres en contre bas ou nous sommes logés. Tel un pont de navire ouvert sur le large, la haute terrasse de l’Auberge nous offre chaque soir une vue imprenable sur l’horizon. Après une bonne douche et un peu de repos, c’est l’occasion de reparler de la journée, rythmée par l’action et qui nous fait grandement désirer le moment du dîner.

Le réveil est tout aussi charmant, le bruit des vagues est omniprésent à la sortie de nos chambres qui donnent directement sur l’extérieur et la mer Méditerranée. Pour les plus téméraires, la baignade tonifiante à sept heures du matin nous sort immédiatement de notre cycle de sommeil. Le café avalé, nous repartons pour une nouvelle journée de tournage.

Un mois , c’est la période pendant laquelle nous tournons à cet endroit…un mois hors du temps et de la civilisation. Ma vie parisienne du dix-neuvième arrondissement me semble très loin…

Un voyage intime et une rencontre

Novembre : Les décors ont changé, la météo aussi. De Boulimat à Tiγremt en passant par Toudja, les journées sont plus fraiches et régulièrement pluvieuses, un vrai temps fnistérien.

La fatigue se fait sentir , notre retour en France est prévu à la fin mois. Les derniers jours nous sommes vêtus chaudement des pieds à la tête, l’hiver ne se fait pas attendre… Alexandre Cartigny, un des deux chefs opérateur et également mon camarade de chambre, a même sorti une écharpe.

Le tournage s’achève à Béjaïa, dans l’hôpital qui porte le nom de Frantz Fanon. Ce choix n’est pas anodin. Fanon, psychiatre et révolutionnaire, incarne le pont entre la France et l’Algérie, entre la médecine et la lutte pour la dignité. Inass, l’héroïne de la série, y trouve son inspiration – et moi, une forme de clôture. La boucle est bouclée : ce voyage professionnel a aussi été un voyage intime, une rencontre avec une cette terre qui, le temps d’un tournage, m’a adopté.

Erwan Smis

Biographie

Erwan Smis est un photographe autodidacte, qui vit et travaille à Paris. Son approche est orientée vers le portrait en créant des images fortes et intimes.

La thématique principale de ses séries photographiques porte sur la représentation figurative et la culture alternative en se consacrant à des travaux personnels en rapport avec les différentes personnalités qui le marque. C’est avant tout dans la rencontre avec l’autre qu’il nourrit son travail photographique et c’est dans les histoires de vie qu’il trouve son inspiration.