Soudain, un film entier face à la prédation capitaliste
Soudain, un film entier face à la prédation capitaliste
Le film Soudain est un long-métrage nippo-germano-belgo-français écrit et réalisé par le cinéaste japonais Ryūsuke Hamaguchi, coécrit avec Léa Le Dimna. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, il a marqué l’actualité cinématographique en remportant un double Prix d’interprétation féminine pour ses deux actrices principales, Virginie Efira et Tao Okamoto. Le film est sorti en salles le 12 août dernier. Marie-Lou Fontaine (Virginie Efira), directrice d’un EHPAD privé en banlieue parisienne, se bat au quotidien pour insuffler une philosophie de soins innovante (inspirée du concept d’humanitude) plaçant la dignité et l’écoute des aînés au centre de tout, malgré les logiques comptables de sa hiérarchie.
Sa trajectoire bascule lorsqu’elle rencontre Mari Morisaki (Tao Okamoto), une metteuse en scène de théâtre japonaise qui lui confie être atteinte d’un cancer incurable en phase terminale. Entre ces deux femmes se noue une amitié fulgurante et poétique. Ensemble, au cœur de l’établissement de soins, elles vont tenter de bâtir une micro-utopie humaine et sensible pour bousculer le rapport à la maladie et à la fin de vie
Soudain est une œuvre totale. En s’immergeant dans le microcosme d’un EHPAD, Ryūsuke Hamaguchi touche à ce qui nous concerne toutes et tous. Le film met en scène un choc frontal : d’un côté, l’ « Humanitude » qu’une directrice courageuse tente d’instaurer ; de l’autre, la logique froide d’un fonds de pension soumis aux rendements de ses actionnaires. Face à ce capitalisme dévorant et au silence complice de notre société, le constat est sans appel : il n’y a pas d’issue dans le système actuel. Les capitaux ne viendront jamais au secours de l’humanité ; leur ADN est purement prédateur, voué à l’autodestruction. Vouloir la réussite sociale selon leurs règles est une utopie.
Notre seule planche de salut réside dans la construction d’une société nouvelle, fondée sur l’entraide et la solidarité. Pour y parvenir, il nous faut désapprendre nos logiciels individualistes, regarder l’autre autrement et nous enrichir de la rencontre. C’est ici que le film rejoint la doctrine d’Arthur Schopenhauer : comprendre que la satisfaction de nos désirs matériels n’est que temporaire, laissant place à une frustration éternelle. Le salut n’est pas dans l’avoir, il est dans le soin de l’autre.