Yidir d taɣect n unezgum Par Ameẓian Kezzaṛ

Idir était au commencement une voix. La voix de tous : des ancêtres, des peuples et de la nature. Elle donnait de la vie, des parfums et des couleurs aux mots qu’elle interprétait. Elle portait dans ses cordes un chant. Un chant venant de loin, de notre nuit des temps. Un chant aérien qui a traversé les temps avant de trouver écho dans cette voix, mélodieuse et fragile, dans laquelle il a pris forme et par ce chant cette voix a pris un nom : Idir, qui signifie «Vis !» à l’impératif.
Idir, un jeune chanteur, qui vient de réveiller les morts par une nuit d’hiver, le temps d’une émission radiophonique. Il a ressuscité l’âme des ancêtres disparus et réveillé les mémoires des vivants oubliés. Les ancêtres et leurs descendants également oubliés par l’histoire. Quoi de plus fort que l’art pour remettre en cause une histoire officielle écrite par les vainqueurs avec le sang des vaincus ? Quoi de plus fort que l’art pour faire renaître, comme au printemps, l’amour de la vie dans les cœurs asséchés par tant d’injustices ?
Idir, une puissante voix tragique qui est allée chercher de l’avenir au-delà de l’histoire. Une histoire officielle qui a cru nous avoir tués et enterrés. Il suffit d’un chant pour que tout recommence. Il suffit d’une forte et pure émotion pour que tout se reconstruise et que le refoulé et le naturel reviennent au galop, et ce au détriment du discours politique et historique que la raison du plus fort a érigé pendant des siècles. Ne dit-il pas dans l’une de ses chansons : « Tecfam af tesiḍt nettawi, Ɣef lekdeb yuzzlen aseggas Tidett ma tebda tikli Ad t-teqḍeɛ deg yiwen wass / Vous vous rappelez tous de cette histoire que nous racontons, à propos du mensonge qui a couru pendant un an. Et que la vérité rattrape dès qu’elle se met à marcher.» Il en va des mensonges comme des propagandes religieuses et idéologiques, elles ne résistent pas devant l’authenticité et la puissance de l’art.

« Quand la culture, et par dérivation l’éducation a déserté l’espace territorial, la place est restée vacante pour d’autres phénomènes tels que l’interprétation assez populiste de certaines croyances religieuses ou autres… »
(Idir, Actualités et culture berbères, n° 56/57, 2007)
« Quand il s’était agi de donner une définition propre à l’Algérie, on a cru bon de la rattacher à un monde arabe abstrait et mythique. Je n’ai pas compris pourquoi cette référence puisque nous étions d’abord méditerranéens donc différents. »
(Idir, Actualités et culture berbères, n° 56/57, 2007)

(*) Yidir d taɣect n unezgum : La voix des éprouvés