Avril 1980 – Avril 2021

A l’occasion de la commémoration de Tafsut Imaziɣen (Printemps berbère) l’Association de Culture Berbère – Paris propose une semaine spéciale autour du mouvement kabyle d’avril 80, première manifestation publique d’envergure, pacifique et citoyenne, depuis l’indépendance.

Rencontres, hommage, mémoire, mais aussi Histoire, mises en perspective, actualité et convergences des luttes.

4 rencontres exceptionnelles, les 19, 20, 21 & 24 avril à 19h30
En direct sur la page Facebook de l’ACB – Paris :

19 avril 2021 à partir de 19h30 avec Tassadit Yacine et Hafid Adnani
Hommage à Mouloud Mammeri (1917-1989)

Directrice d’études à l’EHESS, Tassadit Yacine est une anthropologue de renom, spécialiste du monde berbère. Hafid Adnani est journaliste, président de l’association Tamusni. Ils viennent de rééditer, accompagné d’une préface inédite, La Face cachée de Mouloud Mammeri (Koukou éditions, Algérie).
L’ouvrage dévoile un côté méconnu de Mouloud Mammeri concernant son engagement pour la cause algérienne, ses positions politiques et son combat pour une Algérie libre, notamment à travers ses pamphlets contre la colonisation française. Pour Tassadite Yacine, le livre « est né à partir de discussions avec Hafid Adnani qui travaille sur les élites algériennes en période coloniale, dans le sillage de mon livre Chacal ou la ruse des dominés (éditions Casbah) et qui constatait – en le regrettant – que des publications importantes existaient et qu’elles n’étaient pas connues du grand public et surtout des Algériens à qui ce travail est destiné en premier lieu ».
En mars 1980, c’est l’interdiction de la conférence que devait donnée Mouloud Mammeri à l’université de Tizi Ouzou sur les Poèmes kabyles anciens, qui sera à l’origine des mobilisations du Printemps berbère.

Rencontre animée par Mustapha Harzoune


Le 20 avril à partir de 19h30 avec Ali Guenoun
La question kabyle dans le nationalisme algérien – La place et le rôle de l’historien

Ali Guenoun est historien. Il vient de publier La question kabyle dans le nationalisme algérien 1949 -1962, Préface de Omar Carlier ; Postface de Mohamed Harbi. Ed. Le Croquant 2020, collection Sociétés et politique en Méditerranée dirigée par Aïssa Kadri, Hocine Zeghbib et Delphine Perrin.
Ali Guenoun est un jeune historien rigoureux et précis. Son travail mené sur plusieurs années aide à réfléchir, sereinement, à la genèse du fait national algérien et à poser, avec la même rigueur et la même sérénité, les éléments du débat qui traverse aujourd’hui la société algérienne, et au-delà. Ce livre traduit une méthode mais aussi une attitude marquée par le souci d’honnêteté (précisions des sources, évaluation et discussion des points de vue et des opinions, formulation explicite des hypothèses etc.) ET courageux : l’Histoire est cruelle et il n’est pas certain qu’on accepte de la regarder en face, sans idéalisation ni romantisme.

Rencontre animée par Mustapha Harzoune


Le 21 avril à partir de 19h30 avec Feriel Lalami
Revendications culturelles et droits des femmes, quelles convergences ?

Feriel Lalami est docteure en sociologie et politologue algérienne, auteure de l’ouvrage Les Algériennes contre le Code de la famille : la lutte pour l’égalité, Presses de Sciences Po, 2012.
« Les défenseurs du tamazight sont les fondateurs de l’Algérie nouvelle. Ils ne sont pas les seuls. Il faut aussi compter avec les femmes. Ce n’est pas par hasard que les manifestations de Tizi-Ouzou en 1980 se soient produite la même année que celles des femmes au centre d’Alger. Et la preuve vivante que c’est le même mouvement, on la trouve dans l’histoire de la Kahina, notre héroïne nationale, telle que je l’évoque dans la guerre de Deux Milles ans : « Ils s’étonnent de nous voir dirigés par une femme. / C’est qu’ils sont des marchands d’esclaves / Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre. Pour eux la plus belle fille n’est qu’une marchandise. (…) Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable. / Ils nous appellent Berbères (…) ». Bien sûr il s’agit du grand Kateb Yacine (préface à Tassadit Yacine, Aït Menguellet chante…, La Découverte, 1989) et c’est toujours Kateb qui, sans doute le premier, pose cette question de la convergence des luttes culturelles et des luttes pour l’égalité femme-homme dans le combat pour la démocratie. Qu’en est-il de cette convergence et des conditions de sa réalisation ?

Rencontre animée par Soad Baba-Aïssa


Le 24 avril à partir de 19h30 avec Said Sadi
Avril 80 : pour une mise en perspective

Said Sadi fut au centre de la mobilisation du Printemps berbère. Il fait partie des 24, camarades de combat, qui seront détenus jusqu’au mois de juin. En 1980, il avait 33 ans. Médecin, spécialiste en psychiatrie, militant culturel, écrivain (Askuti, Imedyazen, 1982), essayiste, biographe (Amirouche ou Chérif Kheddam), responsable politique, Said Sadi est une figure de premier plan de l’Algérie contemporaine.  Depuis 2020, il a entrepris d’écrire ses mémoires. Après un premier tome, La Guerre comme berceau (1947-1967) paru chez Frantz Fanon en 2020, il vient de publier le Tome 2, La fierté comme viatique (1967-1987) chez le même éditeur. Au centre de cette livraison il y a l’émergence du mouvement culturel berbère, sa consolidation, le Printemps berbère d’Avril 80 et le combat pour les droits de l’Homme avec la création de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, pour laquelle avec Arezki Aboute, Arezki Aït-Larbi, Saïd Doumane, Ferhat Mehenni, Ali Fawzi Rebaïne, il fut interné dans le terrible pénitencier de Tazult-Lambèse.

L’occasion de revenir avec l’acteur et témoin sur ces événements et, avec l’analyste et l’intellectuel, de les inscrire dans l’ici et le maintenant.

Rencontre animée par M’Hidine Ouferhat & Mustapha Harzoune