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N° 40 - 41 : Automne- Hivers 2002-2003

Editorial
L’autre Algérie

Top chrono : la course est partie. L’année de l’Algérie en France, alias Djezaïr, s’est ébranlée laborieusement le 6 novembre à Paris. Dès le départ, la couleur est annoncée. Cette Algérie dont il est question ne semble pas être celle de la communauté algérienne en France, dont le réseau associatif, dense comme on le sait, a été tenu à l’écart de tout cela. Pas un de ses représentants n’a été convié à prendre la parole lors de la conférence de presse qui a actionné un starter très « institutionnel » à une manifestation qui a, de toutes façons, posé problème avant même de commencer. À cette conférence de presse, il y avait du beau linge. Dominique de Villepin, le ministre des Affaires étrangères de la puissance invitante, a atténué l’inconfort de sa position en réalisant qu’il y a des initiatives en dehors du corset d’El Djezaïr. Bien. Abdelaziz Belkhadem, son homologue algérien, était là parce qu’il fallait être là : de notoriété publique, son attachement à la culture universelle se manifeste dans le seul anti-occidentalisme forcené. Et M. Raouaraoua qui promet que l’année prochaine tamazight, langue nationale consacrée par la Constitution de son président, sera utilisée dans le programme... de l’année de l’Algérie. Quand tout sera fini, sans doute.

Cahin-caha, on est parvenu à donner le premier tour de manivelle. Ce n’était pas garanti. Décidée lors du voyage du président algérien en France en 2000, l’année de l’Algérie devait resserrer les liens entre les deux pays. Elle resserre à peine le lien entre les deux États. Et les peuples ? Elle a été préparée de façon manifestement si chaotique qu’avant même qu’elle ne démarre, il y a eu de la casse. Côté algérien, le colonel Senoussi, maître des cérémonies, a été limogé au prétexte, semble-t-il, qu’il fait dans le favoritisme. Côté français, Dominique Wallon a démissionné. Tout cela montre bien, au bas mot, que la transparence n’est pas vraiment au rendez-vous d’une manifestation qu’on veut vendre comme une œuvre collective.

Mais sans doute les réserves à observer à l’égard de cette année officielle doivent êtres puisées dans l’évidence que le pouvoir algérien, qui n’a rien à faire de la culture comme le montre bien la situation de cette dernière en Algérie même, comme il n'a rien à faire de l’immigration, trouve là une occasion de rêve pour blanchir une image qui a pris une sacrée couche de patine. Tandis que l’on s’apprête à libérer Ali Belhadj et Abassi Madani, les membres du mouvement citoyen de Kabylie, coupables seulement d’avoir revendiqué la démocratie, sont, eux, encore en prison. Mais ne paniquons pas, il y’aura bien un artiste démocrate ou un intellectuel attaché au respect des droits de l’homme pour dénoncer cela dans le cadre de l’année de l’Algérie ! Il y aura bien des femmes et des hommes qui ne se laisseront pas abuser par les ors qui brillent dans cette manifestation et qui diront que plus d’une centaine de jeunes ont été tués par les gendarmes de l’État démocrate qui vient faire de la culture à Paris tandis que les intégristes se baladent comme s’ils n’avaient pas mis le pays à feu et à sang.

Et il n’y a pas que ça ! Il est étonnant que la très controversée compagnie aérienne Khalifa Airways prenne en charge le transport de centaines de personnes en rapport avec l’année de l’Algérie, alors qu’un tel partenariat devrait logiquement revenir à la compagnie nationale Air Algérie. Cela laisse supposer peut-être des magouilles que l’on ne verra, bien entendu, jamais mais dont on sait les hommes du pouvoir algérien coutumiers. Et le reste à l’avenant.

Pour autant, nous ne disons pas qu’il faut boycotter l’année de l’Algérie. Nous considérons que toutes les années ont été et seront pour nous des années de l’Algérie. Nous invitons la communauté algérienne en France attachée à une Algérie tolérante, laïque et démocratique et nos amis français à faire connaître la culture algérienne, comme nous allons le faire, mais la culture de Notre Algérie, celle des petites gens que l’on ne verra sans doute pas dans les 2000 manifestations prévues dans l’Année de l’Algérie confiées, pour certains, à des vendeurs de spectacles ou de paroles. Parmi ceux qui sont du programme, il y en a aussi, il faut le dire, qui sont de bonne foi. Mais pour quelle cause ?

Nous voulons faire connaître la culture d’une Algérie qui se bat en Kabylie et dans toutes les autres régions du pays pour asseoir la démocratie et le respect des droits de l’homme. C’est cette Algérie, une Algérie autre que celle de la rente et de la magouille, du clientélisme et de l’assujettissement des hommes de culture et d’art, que l’on veut faire découvrir et aimer à nos amis français et au monde entier. Oui donc à l’année de l’Algérie, mais l’autre Algérie, la nôtre.

Arezki Metref


 
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