Mercredi 20 avril à 19h

Debza (le « poing ») est une troupe de théâtre célébrissime en Algérie, engagée et bien engagée, à gauche gauche. Il faut dire qu’elle a été créée en 1979 par des étudiants d’Alger majoritairement issus de l’association Action Culturelle des Travailleurs du non moins célèbre écrivain, dramaturge et militant Kateb Yacine soi-même !

Debza a rassemblé du beau monde, de l’énergie et du courage à revendre. Côté « canal historique », le premier cercle des fondateurs compte Djamel Zenati, Salim Bensedira, Abdelatif Bounab (dit Titif), Mustapha Bacha, Rabah Belaouane, Omar Zeggane, Malek Kara sans oublier Meziane Ourad, ici devant comédien, à la une de la couverture, le bras levé (à défaut du poing), journaliste aujourd’hui. Et que ceux qui ne sont pas cités nous pardonnent. Car il y en eut d’autres par la suite, comme il y eut des divergences de vues et d’orientations, des anicroches et des séparations, des nouveaux venu(e)s, et des matins nouveaux, jusqu’en 1990. Tout cela sera balayé par l’Histoire et sa grande H pour retenir une expérience artistique hors norme, symbole d’une génération de démocrates et fleuron de la scène culturelle algérienne.

1979 ! Un an avant Le Printemps berbère. Debza n’avait pas attendu que la jeunesse et les populations kabyles déferlent dans les rues de Tizi pour revendiquer la reconnaissance de tamazight et de l’arabe algérien (darija) et faire de ce dernier, l’héritier du berbère ancestral davantage que le rejeton de l’arabe des sables.

L’anthropologue Farida Aït Ferroukh, adepte de l’approche systémique, situe son travail de recherche à l’intersection de trois événements ou ruptures historiques de l’Algérie indépendante : Kateb Yacine, le Printemps berbère et Debza. Ici se mêlent engagement politique, revendications culturelles, diversité des opinions – la « merveilleuse providence des couleurs » (Sénac) –  création artistique et enfin l’œuvre et la stature d’un intellectuel de premier plan, à la dimension internationale.

« À travers la troupe Debza et son parrain Kateb Yacine, Farida Aït Ferroukh revisite la face méconnue du Printemps berbère dans ses prolongements algérois. Engagés dans les comités universitaires autonomes avant d’investir les planches par le chant et le théâtre, les comédiens-amateurs étaient en première ligne dans la lutte pour une Algérie démocratique, et la réhabilitation de son identité plurielle. « Langues au poing », Kateb Yacine et « ses » jeunes ont jeté des passerelles entre les communautés, que les manipulateurs de l’ombre tentent encore de dresser les unes contre les autres pour neutraliser leur quête commune d’émancipation citoyenne ».