Imensi Yennayer, le réveillon berbère

Le peuple amaziγ fêtera Imensi Yennayer, autrement dit le réveillon du Nouvel An berbère 2971 qui correspond au 12 janvier 2021.
Institué comme jour férié en Algérie depuis 2019, le 1er Yennayer évoque l’intronisation comme pharaon d’Egypte de Chichnaq, un roi issu d’une tribu berbère de l’Est de l’actuelle Algérie. Il dirigea de 945 à 924 avant JC, la XXIIème dynastie des pharaons.
Cet événement est considéré comme fondateur de l’ère berbère. Il est fixé comme l’an zéro du calendrier amazigh sur l’initiative d’Amar Negadi (1943-2008), écrivain et éminent chercheur en anthropologie.

Pour étayer sa thèse, Amar Negadi s’était notamment appuyé sur des passages de la Bible et de la Tora, pour souligner l’importance historique du pharaon Chichnaq. Ce dernier avait dominé le monde et conquis Jérusalem en s’emparant du temple du roi Roboam, fils du prophète hébraïque Salomon. Selon une interprétation de la sourate « El Isra », le Coran en ferait aussi allusion.
La proposition d’Amar Negadi qui était aussi un militant engagé pour la reconnaissance de tamazight, avait fait l’objet d’un consensus au sein de la majorité des associations amazighes et du Mouvement Culturel Berbère (MCB), qui, en 1980 avait fixé le 1er Yennayer au 12 janvier.
Le calendrier berbère est un calendrier agraire qui guide depuis l’antiquité les Imaziγen dans leurs activités agricoles. Basé sur le cycle solaire comme le calendrier julien de la Rome antique, le calendrier amaziγ est décalé de 12 jours par rapport au calendrier grégorien, de 14 jours selon certains. D’où la célébration de Yennayer, dans certaines régions d’Afrique du Nord, le 14 janvier.
Jadis, Imensi Yennayer était célébré partout dans les villages Kabyles et le pays chaoui, par des cérémonials destinés à chasser les esprits maléfiques, dont le plus célèbre Amghar Ouchouqyay. Un personnage chimérique accusé de tous les maux et malheurs qui ont marqué l’année écoulée.
Des animaux sont ainsi sacrifiés et des repas copieux sont partagés suivis de prières collectives afin d’éloigner les mauvais présages et les maladies. Des pincées de nourritures sont ensuite posées par les mères de familles sur les objets importants de la vie quotidienne pour les bénir, tels lkanun, le foyer à feu, tasirt la meule, ou encore azzetta, le métier à tisser.
Aujourd’hui, les mythes et les rites ont quasiment disparu. Mais les vertus d’Imensi Yennayer, la solidarité, le partage et l’espérance s’imposent plus que jamais aux Imaziγen pour se réapproprier leur histoire, leur culture et leur destin.

Mourad Aït Mesghat