Décès de Kamel-Eddine Fekhar

L’Association de Culture Berbère a appris avec tristesse, consternation et colère le décès tragique du Dr Kamal Eddine Fekhar, militant des droits de l’Homme, de la démocratie, de l’amazighité du M’Zab.

Kamal Eddine Fekhar, que nous avons eu le privilège et l’honneur de recevoir à l’ACB en avril 2014 pour sa première conférence à Paris, était un militant courageux, clairvoyant et déterminé. Il a émergé sur la scène militante à la faveur des événements de Ghardaïa qu’il avait analysés lors de sa conférence à l’ACB comme une manipulation visant, avec l’aide des Emirats et au moyen du salafisme, à chasser de la vallée du M’Zab ses occupants historiques que sont les Amazighs Ibadites que l’on appelle communément les Mozabites. Il a alors employé l’expression d’ « ethnocide à huis clos ». Il expliquait que, dans l’Histoire, être Amazigh et Ibadite était une double richesse, mais que dans l’Algérie de Bouteflika des années 2000, c’était devenu un double problème.

Ses combats ont montré que sa conception de la solution à ce double problème s’établissait sur les fondations d’un système démocratique, d’un Etat de droit respectant entre autre les droits de l’homme, et d’une architecture institutionnelle en mesure de respecter et de protéger les spécificités et les particularités régionales, culturelles et identitaires.

C’est la défense de ces principes pour lesquels les Algériens se sont soulevés depuis le 22 février, qui lui ont valu le harcèlement policier et judiciaire qui a fini par le tuer. Arrêté de nouveau le 31 mars 2019, juste après le déclenchement de la Révolution du sourire, le pouvoir autoritaire a utilisé un argument on ne peut plus cynique : il a été arrêté pour assurer sa protection !

Le fait est que les autorités judiciaires de la Wilaya de Ghardaïa ont procédé à un acte arbitraire sur un citoyen qui, ne pouvant faire valoir ses droits à être relâché, a recouru au seul moyen à sa disposition, la grève de la faim.

Le pouvoir inique pouvait à tout moment faire cesser cette grève de la faim en le rétablissant dans ses droits. Ils ont pris l’option de le laisser mourir, endossant de ce fait la responsabilité d’un crime. Son décès est la conséquence d’une part, de sa détention arbitraire, d’autre part, de l’absence de soins que son mauvais état de santé, pourtant connu, nécessitait.

L’ACB s’associe à l’émotion ressentie par toutes les forces motrices du mouvement citoyen du 22 février, à l’annonce du décès de ce martyr de la démocratie, et au chagrin de ses proches. Elle associe également sa voix à toutes celles qui réclament la mise en place d’une instance indépendante pour enquêter sur les circonstances du décès du Dr Fekhar. Une fois établies les responsabilités, il faut que les coupables soient châtiés.

L’ACB se joint aux forces qui revendiquent la libération immédiate et sans condition de tous les détenus d’opinion et de tout Algérien arrêté dans le cadre du mouvement du 22 février.

Nous présentons nos plus sincères condoléances à la famille et aux proches du Dr Fekhar.