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Idir spectateur au firmament par Hend Sadi

 

C’est dans l’effervescence née autour de l’amazighité durant les années 70 que j’ai rencontré Idir à son arrivée en France.
Plus précisément, nous nous sommes vus pour la première fois en 1975 dans un café-restaurant du 14e arrondissement, Le Tizi. Il n’avait pas encore enregistré son premier album et son 45 tours, paru en Algérie, était introuvable. On le sait, l’impact de Vava inu Va, fut énorme. Mais au sein de la jeunesse kabyle estudiantine d’alors, l’écho de cette œuvre prenait un sens particulier. Je revois encore Muhend U Yehya, dans l’appartement de la rue de l’Amiral Mouchez que nous avions loué pour les vacances, passant et repassant Tamacahuţ n Tsekkurt, la deuxième chanson du précieux 45 tours Vava inu Va prêté par un ami. Durant deux après-midis entiers, il écoutait, immobile, penché sur le tourne-disque comme envoûté, ne laissant échapper, entre de longs intervalles de silence, qu’un « c’est ça, c’est ça… » qui avait la force de l’évidence.

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« Je ne fais que tracer ma route »  par Fellag

En 1996, J’ai eu le bonheur de participer à un concert donné par Idir au Zénith de Marseille et de rencontrer cet immense artiste dont j’étais un fan de la première heure. C’était A vava inouva qui m’avait délivré en 1976 ma carte d’identité kabyle.
Programmé en ouverture de rideau, dès la fin de ma courte prestation, je courus vers ma loge pour vite me rhabiller et revenir m’asseoir parmi le public afin de ne rien rater du concert.
Idir entra en scène. Magie et enchantement. Public délirant. Un tsunami ! J’étais rempli d’un bonheur extatique.
À la fin du concert, au moment où Idir commença à saluer, je me précipitai vers la sortie de scène pour l’attendre. Après un dernier salut, il quitta le plateau. Dès qu’il mit pied à terre, je lui sautai dessus, l’embrassai et lui exprimai tout mon amour et mon admiration.
– Tu as été extraordinaire, Idir ! Quelle énergie ! Quelle…
Sa pudeur légendaire prit les devants et stoppa net mon élan.
– Oh, tu sais, Mohand, je ne fais que tracer ma route. (suite…)

Hommage à Idir

Au revoir et merci « P.P »(1)

En 1991, Idir participait au documentaire « Le Voyage du Kabyle » que l’ACB a réalisé en partenariat avec l’Agence Im’Média. 

Dans ces extraits ici présentés, Idir parle de la sauvegarde d’une langue et d’une culture – « notre âme » comme il dit – mais aussi de la façon d’être et de s’inscrire dans la marche du monde, de transmission entre générations, notamment entre des parents arrivés de Kabylie et leurs enfants qui sont nés ou ont grandi en France. Il parle de tradition et de modernité,  d’émancipation et peut-être et surtout de liberté : « Être universel pour nous c’est d’abord sauvegarder notre âme bien sûr, mais c’est aussi la laisser s’oxygéner, respirer un peu, parce que j’ai l’impression qu’on étouffe... » 

(1) « P.P. » pour « Porte-parole » comme les amis de l’ACB avaient surnommé Idir.

Au revoir et merci « P.P »

Hamid Cheriet avait choisi pour nom d’artiste de s’appeler Idir (« il vivra » en kabyle). Idir  nous a quitté. C’est une terrible disparition. Pour la vieille équipe de l’ACB qui, depuis 1979, a côtoyé Hamid et partagé nombre de combats et d’aventures : depuis son soutien à la première manifestation organisée, 19 mars 1979, à la MJC des Amandiers, à Ménilmontant à Paris ; depuis le spectacle La Kabylie Chantée organisée en 1984 au Palais des Sports de Saint-Ouen, où il partageait la scène avec Aït Menguellet ; depuis ce disque pour enfants, Taɣribt-iw (Le petit village), chanté en kabyle et en français,  dont il avait assuré la direction artistique, en 1985 ; depuis cet incroyable concert dans le cadre des 3èmes rencontres berbères dans ce qui est aujourd’hui le Musée national de l’histoire de l’immigration et qui s’appelait alors le Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, en 1991 ; depuis ce jeudi 24 juin 1995, au Zénith pour « Algérie la vie », avec le chanteur Khaled ; depuis encore ce 21 avril 2001 où, toujours au Zénith, nous célébrions le 21è anniversaire du Printemps berbère mais aussi et surtout nous témoignions notre solidarité aux victimes du Printemps Noir. Sans oublier les dossiers et les entretiens qu’il nous avait accordés dans le cadre d’abord de Tiddukla (n°3, 1985) puis d’Actualités et cultures berbères (n°29, 1999 ou n°56/57, 2007).

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Un certain parfum d’avril

Ainsi, selon le dicton populaire, « il faudrait savoir faire contre mauvaise fortune bon cœur », partant et par les temps qui courent – et décision gouvernementale – il faut donc savoir abandonner l’effectivité des activités pour se contenter des possibles offerts par les virtualités, nombreuses et pour beaucoup insoupçonnées, du numérique et de la toile.  Notre association n’échappe pas à cette nécessité et ses activités sont, autant que faire se peut, recycler via le net, les mails, Skype et autre Zoom et parfois par un bon vieux « coup de bigo » – entendre, pour les plus jeunes, de téléphone. Il faut donc s’accommoder. Notamment en avril. Pour notre association, et pour nombre de Kabyles, à des degrés d’intensité certes très variables, lorsque ce mois arrive, refleurie le souvenir d’un Printemps. Berbère celui-là. Au Japon, on guette et l’on fête le sakura, la floraison des cerisiers. En Kabylie et dans ses confettis diasporiques, c’est un autre parfum qui revient entêter les rudes montagnards du cru et leurs rejetons aux « semelles de vents » : celui des premières luttes massives et pacifiques, des premières revendications démocratiques et culturelles publiques. Bien sûr, des mobilisations, des oppositions et des affirmations, il y en eut avant ce mois, mais avril 1980 marque un tournant dans les consciences collectives ; un repère dans le temps ; un avant et un après des mobilisations ; une pépinière aussi de femmes et d’hommes, courageux et intelligents ; dont le seul tort peut-être – et pas des moindres – fut de n’avoir pas su s’entendre, d’avoir cédé aux sirènes de la division. A quel mât eut-il fallu attacher cette génération unique pour qu’ensemble – comme autant d’Ulysse sur leur rafiot –  ils dessinent non pas des perspectives mais fassent reculer l’horizon  de tous et de chacun? Espérer la fin de l’exil en sa propre demeure. Impossible à dire.

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Juba II

de Mokrane Aït Saada

Mokrane Aït Saada est né en 1949 à Toudja, du côté de Bejaïa.  Après avoir officié comme  directeur de production à l’Office National pour le Commerce et l’Industrie Cinématographiques, de 1976 à 86 ; puis comme chef de département au Centre Algérien pour l’Art et l’Industrie Cinématographique, de 1986 à 1995, il se lance dès 1996 dans la production et la réalisation de films indépendants. Dans sa filmographie il faut notamment retenir les films-documentaires consacrés à Jugurtha, à Syphax, à Massinissa et à Juba II.

Massinissa, Jugurtha, Syphax, Juba II… c’est dire si Mokrane Aït Saada s’intéresse, à travers ces personnages ô combien emblématiques, à l’histoire lointaine de l’Afrique du Nord. Il en restitue ainsi, pour les plus jeunes notamment, ces indispensables repères culturels, ces éléments constitutifs d’identités mosaïques, irréductibles à une appartenance et à une historiographie linéaire et hors du monde. Une histoire enracinée dans un tuf berbère et méditerranéen. A travers ce travail consacré à la figure de Juba II,  Mokrane Aït Saada ne fait pas que plonger dans le passé. Les questions que porte ce film entrent en résonnance avec le monde contemporain. Son personnage inscrit l’histoire de l’Afrique du Nord dans une Histoire-monde, désenclavée, à tout le moins une Histoire euro-méditerranéenne  et africaine.

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