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13/10/2021 rencontre avec Samia Messaoudi et Mehdi Lallaoui

17 OCTOBRE 1961 DE LA CONNAISSANCE À LA RECONNAISSANCE

Dans le cadre des commémorations du 60ème anniversaire du 17 octobre 1961, l’ACB a reçu le 13 octobre à 19h00 Samia Messaoudi et Mehdi Lallaoui à l’occasion de la parution de deux ouvrages édités par l’association Au nom de la mémoire :

– Monique Hervo, une mémoire, livre d’entretiens avec Mehdi Lallaoui.

– Collectif (sous la direction de Samia Messaoudi), 17 octobre 1961, de la connaissance à la reconnaissance.

« Les rendez-vous du mercredi »

Mercredi 27 octobre à partir de 19h00
En direct sur Facebook

« Contre toute logique, c’est en hiver que l’olivier porte ses fruits,
quand la froidure condamne à la mort tous les autres arbres »
(Mouloud Mammeri)

Avec :

Méziane ABANE, journaliste
Sabrina ABCHICHE, élue et membre de l’AJKF (Association des Jeunes Kabyles de France)
Khaled AIT SIDHOUM, psychiatre
Liazid ATOUT, responsable associatif, coordinateur de plusieurs comités de villages
Mustapha HAMMOUCHE, journaliste
Belkacem TATEM, responsable de l’ACB-Paris et de la CABIL

Et les participations de :

BEN MOHAMED (sous réserve)
Mahieddine OUFERHAT
Aomar U LAMARA

La longue marche des manifestants du 17 octobre 1961

Il y a soixante ans, des Algériens et des Algériennes défilent dans les rues d’un Paris gris et pluvieux. Ce mardi 17 octobre 1961, endimanchés et confiants, ils marchent pour l’indépendance de l’Algérie et pour protester contre le couvre-feu qui leur est imposé par la préfecture de police dirigée par Maurice Papon. Obéissant aux consignes musclées des militants du FLN, le peuple algérien des faubourgs manifeste. La police française, surchauffée par le climat de guerre qui règne depuis des mois dans la capitale, assurée d’être « couvert » par sa hiérarchie, entend régler des comptes. Sur les ponts, aux sortir des bouches de métro, aux carrefours, les souricières sont dressées contre l’inoffensive proie. Les Algériens avancent pacifiquement, respectant scrupuleusement les ordres du FLN. Selon les sources, le nombre des victimes des « paponnades » selon le mot d’Edouard Depreux, varie de trente à cinquante (Jean Paul Brunet) à plus de trois cents morts (Jean-Luc Einaudi). Depuis les recherches des historiens, à commencer par celles de Jim House et Neil MacMaster confortent le travail exceptionnel de Jean Luc Einaudi. Mais, au soir du drame, il n’est question, officiellement, que de trois morts. Pas un de plus. Silence. Black-out total. Des décennies de mutisme et de déni officiel. L’Etat continue à nier les faits et empêche, sous couvert de raison d’Etat, de faire toute la lumière sur cette incroyable répression. La plus meurtrière depuis celle qui s’abattit sur la Commune de Paris. Le 17 octobre 1961 est une tache rouge dans l’histoire nationale, une date noire pour les consciences républicaines.
Le 17 octobre 1961 reste un objet historique et mémoriel brûlant. A droite, on se refuse à reconnaître ce crime perpétué par la police républicaine dans les rues de Paris. Du côté des secteurs les plus rigoristes du militantisme mémoriel et du nationalisme version algérienne – et désormais islamiste – on instrumentalise le drame (et les victimes) pour triturer les plaies et poursuivre, en usurpant des habits bien trop larges, un combat d’un autre temps. Entre nostalgiques de « l’Algérie de papa » et pompiers pyromanes, l’opinion publique française, elle, affairée, indifférente, ignore tout, ou presque, de la nuit du 17 octobre 1961. Alors, soixante ans après, les questions du grand Kateb Yacine restent sans réponse : « Peuple français, tu as tout vu, / Oui, tout vu de tes propres yeux,/  Et maintenant vas-tu parler? / Et maintenant vas-tu te taire?1»
En 2012, le président François Hollande reconnaissait officiellement « une répression sanglante ». En 2018, Emmanuel Macron évoquait « une répression violente ». Rien de plus sur le plan officiel pour l’heure, aucun acte fort ou déclaration autrement explicite. L’actuel président E. Macron doit s’exprimer à l’occasion de la commémoration des 60 ans du17 octobre 1961. Serait-ce la fin d’un long silence ?2
Quoi qu’il en sera, qui, aujourd’hui, repérerait cette date sur un calendrier ? Combien accepterait d’endosser le poids d’une « honte collective » pour reprendre les mots du sociologue Pierre Bourdieu ? Et ce n’est pas cette partie de la classe politique, rigide, arcqueboutée et soumise au diktat des vociférations de l’extrême droite qui aidera. Sans oublier le corporatisme de certains syndicats de police, à l’instar d’Alliance-Police nationale qui, en 2001, vitupéra contre la première commémoration officielle du 17 octobre 1961. De quoi s’agissait-il ? D’une modeste plaque commémorative apposée sur le pont Saint-Michel et dévoilée par le maire de Paris, Bertrand Delanoë ; et la modeste plaque portait cette timide inscription : « A la mémoire des Algériens victimes de la répression sanglante lors d’une manifestation pacifique ».
« Je me sens recru d’une telle horreur… Les policiers sont devenus les combattants d’une lutte sournoise et sans merci, car c’est d’une guerre raciale qu’il s’agit. Et voici la conséquence : l’Etat, lui, est devenu dépendant de sa police, de son armée… L’esprit de corps est la source de tout notre malheur comme il l’était déjà du temps de Dreyfus ». Le propos est signé… François Mauriac ; il date du 9 novembre 19613. Autre temps, pas autres mœurs ? (suite…)

Abdulrazak Gurnah quelques (bonnes) leçons du Nobel de littérature 2021

L’Académie suédoise a décerné jeudi 7 octobre Le prix Nobel de littérature 2021 au romancier tanzanien Abdulrazak Gurnah. Selon le jury, l’auteur a été récompensé pour sa narration « empathique et sans compromis des effets du colonialisme et du destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents ». Son œuvre s’éloigne des « descriptions stéréotypiques et ouvre notre regard à une Afrique de l’Est diverse culturellement qui est mal connue dans de nombreuses parties du monde », a expliqué le jury. « Abdulrazak Gurnah a appelé l’Europe à voir l’arrivée des réfugiés venus d’Afrique comme une richesse. « Beaucoup de ces gens qui viennent, viennent par nécessité, et aussi franchement parce qu’ils ont quelque chose à donner. Ils ne viennent pas les mains vides », a affirmé l’écrivain dans une interview à la Fondation Nobel, appelant à changer de regard sur « des gens talentueux et pleins d’énergie » (Le Monde 7 octobre)
C’est dire l’actualité du propos en ces périodes électorales pathétiques, c’est dire aussi la pertinence du propos du point de vue des « Suds » c’est-à-dire des aspirations des peuples qui, débarrassés de la main mise coloniale, aspirent toujours à la justice et la démocratie. Un prix Nobel qu’il convient de saluer pour ce qu’il dit du monde moderne, de ses « ignorances » et du trop-plein de « méfiances ».
Professeur de littérature à l’université de Kent jusqu’à son départ à la retraite, installé du côté de Brighton, Abdulrazak Gurnah est l’auteur de plusieurs romans dont Paradis (traduit par Anne-Cécile Padoux au Serpent à plumes en 1999) et Desertion (traduit en français sous le titre Adieu Zanzibar par Sylvette Gleize, Galaade, 2009). (suite…)

« Les rendez-vous du mercredi »

 

17 octobre 1961

De la connaissance à la reconnaissance

Contrairement aux discours identitaires qui prônent l’inéluctabilité des guerres de mémoires, ils furent nombreux, de toutes origines, à tenter de faire résonner ensemble les mémoires des opprimés : mémoire du 17 octobre et mémoire ouvrière,
mémoire de la Shoah et mémoire coloniale  (Brigitte Stora)

(suite…)