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Hommage à Idir

Au revoir et merci « P.P »(1)

En 1991, Idir participait au documentaire « Le Voyage du Kabyle » que l’ACB a réalisé en partenariat avec l’Agence Im’Média. 

Dans ces extraits ici présentés, Idir parle de la sauvegarde d’une langue et d’une culture – « notre âme » comme il dit – mais aussi de la façon d’être et de s’inscrire dans la marche du monde, de transmission entre générations, notamment entre des parents arrivés de Kabylie et leurs enfants qui sont nés ou ont grandi en France. Il parle de tradition et de modernité,  d’émancipation et peut-être et surtout de liberté : « Être universel pour nous c’est d’abord sauvegarder notre âme bien sûr, mais c’est aussi la laisser s’oxygéner, respirer un peu, parce que j’ai l’impression qu’on étouffe... » 

(1) « P.P. » pour « Porte-parole » comme les amis de l’ACB avaient surnommé Idir.

Au revoir et merci « P.P »

Hamid Cheriet avait choisi pour nom d’artiste de s’appeler Idir (« il vivra » en kabyle). Idir  nous a quitté. C’est une terrible disparition. Pour la vieille équipe de l’ACB qui, depuis 1979, a côtoyé Hamid et partagé nombre de combats et d’aventures : depuis son soutien à la première manifestation organisée, 19 mars 1979, à la MJC des Amandiers, à Ménilmontant à Paris ; depuis le spectacle La Kabylie Chantée organisée en 1984 au Palais des Sports de Saint-Ouen, où il partageait la scène avec Aït Menguellet ; depuis ce disque pour enfants, Taɣribt-iw (Le petit village), chanté en kabyle et en français,  dont il avait assuré la direction artistique, en 1985 ; depuis cet incroyable concert dans le cadre des 3èmes rencontres berbères dans ce qui est aujourd’hui le Musée national de l’histoire de l’immigration et qui s’appelait alors le Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, en 1991 ; depuis ce jeudi 24 juin 1995, au Zénith pour « Algérie la vie », avec le chanteur Khaled ; depuis encore ce 21 avril 2001 où, toujours au Zénith, nous célébrions le 21è anniversaire du Printemps berbère mais aussi et surtout nous témoignions notre solidarité aux victimes du Printemps Noir. Sans oublier les dossiers et les entretiens qu’il nous avait accordés dans le cadre d’abord de Tiddukla (n°3, 1985) puis d’Actualités et cultures berbères (n°29, 1999 ou n°56/57, 2007).

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Un certain parfum d’avril

Ainsi, selon le dicton populaire, « il faudrait savoir faire contre mauvaise fortune bon cœur », partant et par les temps qui courent – et décision gouvernementale – il faut donc savoir abandonner l’effectivité des activités pour se contenter des possibles offerts par les virtualités, nombreuses et pour beaucoup insoupçonnées, du numérique et de la toile.  Notre association n’échappe pas à cette nécessité et ses activités sont, autant que faire se peut, recycler via le net, les mails, Skype et autre Zoom et parfois par un bon vieux « coup de bigo » – entendre, pour les plus jeunes, de téléphone. Il faut donc s’accommoder. Notamment en avril. Pour notre association, et pour nombre de Kabyles, à des degrés d’intensité certes très variables, lorsque ce mois arrive, refleurie le souvenir d’un Printemps. Berbère celui-là. Au Japon, on guette et l’on fête le sakura, la floraison des cerisiers. En Kabylie et dans ses confettis diasporiques, c’est un autre parfum qui revient entêter les rudes montagnards du cru et leurs rejetons aux « semelles de vents » : celui des premières luttes massives et pacifiques, des premières revendications démocratiques et culturelles publiques. Bien sûr, des mobilisations, des oppositions et des affirmations, il y en eut avant ce mois, mais avril 1980 marque un tournant dans les consciences collectives ; un repère dans le temps ; un avant et un après des mobilisations ; une pépinière aussi de femmes et d’hommes, courageux et intelligents ; dont le seul tort peut-être – et pas des moindres – fut de n’avoir pas su s’entendre, d’avoir cédé aux sirènes de la division. A quel mât eut-il fallu attacher cette génération unique pour qu’ensemble – comme autant d’Ulysse sur leur rafiot –  ils dessinent non pas des perspectives mais fassent reculer l’horizon  de tous et de chacun? Espérer la fin de l’exil en sa propre demeure. Impossible à dire.

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Juba II

de Mokrane Aït Saada

Mokrane Aït Saada est né en 1949 à Toudja, du côté de Bejaïa.  Après avoir officié comme  directeur de production à l’Office National pour le Commerce et l’Industrie Cinématographiques, de 1976 à 86 ; puis comme chef de département au Centre Algérien pour l’Art et l’Industrie Cinématographique, de 1986 à 1995, il se lance dès 1996 dans la production et la réalisation de films indépendants. Dans sa filmographie il faut notamment retenir les films-documentaires consacrés à Jugurtha, à Syphax, à Massinissa et à Juba II.

Massinissa, Jugurtha, Syphax, Juba II… c’est dire si Mokrane Aït Saada s’intéresse, à travers ces personnages ô combien emblématiques, à l’histoire lointaine de l’Afrique du Nord. Il en restitue ainsi, pour les plus jeunes notamment, ces indispensables repères culturels, ces éléments constitutifs d’identités mosaïques, irréductibles à une appartenance et à une historiographie linéaire et hors du monde. Une histoire enracinée dans un tuf berbère et méditerranéen. A travers ce travail consacré à la figure de Juba II,  Mokrane Aït Saada ne fait pas que plonger dans le passé. Les questions que porte ce film entrent en résonnance avec le monde contemporain. Son personnage inscrit l’histoire de l’Afrique du Nord dans une Histoire-monde, désenclavée, à tout le moins une Histoire euro-méditerranéenne  et africaine.

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Rencontre avec Tassadit Imache

Rendez-vous !

Tassadit Imache sera à l’ACB mercredi 11 mars à partir de 19h00
pour présenter son dernier livre: Fini d’écrire !

Ecrire « pour empêcher la vitrification du monde »

Depuis 1989, Tassadit Imache a publié cinq romans. Le premier, Une Fille sans histoire, brosse le portrait d’une gamine née en pleine guerre d’Algérie d’un père algérien et d’une mère française. Récit de trajectoires franco-algériennes mêlées. Depuis, elle interroge le devenir de ces bâtards nés de couples mixtes, ballotés par les vents de l’histoire ; rejetons du populo doublement frappés par les exclusions et les injustices, guettés – quand ils n’y succombent pas -par la dépression.

Tassadit Imache appartient à cette nouvelle génération d’écrivains français – et oui ! – qui, dès les années 80 ont élargi le roman national, autrement dit, inscrit l’histoire de France dans un récit monde, à tout le moins méditerranéen, franco-algérien. Ils racontent cette histoire par ses marges, ses «fantômes», décrivant la part sombre d’une histoire qui n’a de cesse de se réclamer des Lumières: une lumière si forte, si verticale qu’elle écrasait les contours, les formes et rejetait, hors du cadre, le marginal. Avec Azouz Begag, Mehdi Charef, Ahmed Kalouaz ou Akli Tadjer, Tassadit Imache appartient à cette génération pionnière. Ce qui ne signifie pas qu’il faille enfermer tout ce beau monde dans le même panier.  «Les écrivains ne peuvent transiger avec leur singularité» écrit Tassadit Imache, ajoutant:  «Il y a à l’origine de tout travail de création, une liberté plutôt individuelle» On pense ici à Ying Chen ou Magyd Cherfi. Pourtant quand parait, en 1989, son premier roman, Une Fille sans histoire, le livre se retrouve, chez les libraires, dans les rayons Afrique du Nord ou Proche Orient.  «Déplacée, c’est ce que je ressens aussitôt. Mise à l’écart ?». Physiquement inclassable, Tassadit Imache a mis le poids de ses nom et prénom sur la couverture.  «Le nom de mon père est plus authentique que la littérature. (…) personne ne sait exactement où est située sa valeur.» Pas de pseudo, ni de masque. Les autres s’en sont vite chargés. L’auteure se nomme Tassadit Imache. Le nom (aussi) emprisonne. Exclut. C’est une vieille et longue histoire, relancée récemment par une certaine Morano et l’histrion des plateaux, un certain Zemmour. C’est une trop vieille histoire qui dans les années 80 se répètera avec les marcheurs pour l’égalité (renvoyés à leur différence et leur origine, supposées) et avec ces écrivains-pionniers mis  «à l’écart», renvoyés à des origines souvent fantasmées.  «Reconnaissons que, chez nous, on est presque moins regardant sur l’attribution de la nationalité (…) que sur la délivrance du label  «Culture française». N’importe qui ne saurait transporter ses quartiers personnels dans l’universalité…» écrit Tassadit Imache. Et après, cela continuera: avec Faïza Guène notamment et celles et ceux qui, en 2007, dans le Manifeste  «Qui fait la France ?» dénoncent cette même et renouvelée  «mise à l’écart». Et Tassadit Imache de mettre les points sur les  «i»:  «Ainsi, poser sans arrêt la question  «d’où viens-tu» à celui qui s’efforce d’avancer en personne libre, faire suivre cette question promptement et sans répit de  «Et où vas-tu ?», n’est-ce pas prétendre à la fois ramener à la maison et lui voler le sens de sa destination ?» Est-ce que les années, la multiplication des auteurs et des éditions, des salons et des prix, la multiplicité des écritures et des univers n’a pas changé les mentalités et la place laissée à celle et ceux qui portent une part de la littérature nationale ? Tassadit Imache ne le pense pas. La France républicaine conserve des relents féodaux et des attitudes aristocratiques. Peut-être. A moins qu’il s’agisse d’une affaire postcoloniale, une affaire de» bougnoules» comme disait Jean Amrouche.  «Peu de personnes ont le courage de penser la geste coloniale. Autant aborder l’amour sexuel du violeur ! Chérie je t’aime, chérie je t’adore. Tout ce qui est coagulé derrière les yeux des gens d’ici et d’autrefois. Il faudra attendre qu’ils meurent.» A voir. (suite…)