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LE 24 AVRIL À PARTIR DE 19H30 AVEC SAID SADI

AVRIL 80 : POUR UNE MISE EN PERSPECTIVE

Said Sadi fut au centre de la mobilisation du Printemps berbère. Il fait partie des 24, camarades de combat, qui seront détenus jusqu’au mois de juin. En 1980, il avait 33 ans. Médecin, spécialiste en psychiatrie, militant culturel, écrivain (Askuti, Imedyazen, 1982), essayiste, biographe (Amirouche ou Chérif Kheddam), responsable politique, Said Sadi est une figure de premier plan de l’Algérie contemporaine.  Depuis 2020, il a entrepris d’écrire ses mémoires. Après un premier tome, La Guerre comme berceau (1947-1967) paru chez Frantz Fanon en 2020, il vient de publier le Tome 2, La fierté comme viatique (1967-1987) chez le même éditeur. Au centre de cette livraison il y a l’émergence du mouvement culturel berbère, sa consolidation, le Printemps berbère d’Avril 80 et le combat pour les droits de l’Homme avec la création de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, pour laquelle avec Arezki Aboute, Arezki Aït-Larbi, Saïd Doumane, Ferhat Mehenni, Ali Fawzi Rebaïne, il fut interné dans le terrible pénitencier de Tazult-Lambèse.

L’occasion de revenir avec l’acteur et témoin sur ces événements et, avec l’analyste et l’intellectuel, de les inscrire dans l’ici et le maintenant.

Rencontre animée par M’Hidine Ouferhat & Mustapha Harzoune

En direct sur la page Facebook de l’ACB – Paris

Salah Belkalem, l’étourneau nocturne

Salah Belkalem est un chanteur des années 70. Qui ne se souvient de sa chanson « A y-azerzour/ô l’étourneau », diffusée largement par nos transistors ? Elle a résonné dans nos villages, comme toutes les chansons célèbres de l’époque. L’époque du « bon » public, celui qui écrivait des lettres à la radio pour demander de diffuser sa chanson préférée, qu’il dédiait à ses amis et aux initiales de ses amours secrètes.

Azerzour/étourneau, l’oiseau migrateur, celui qui voyage pour chercher sa pitance. Salah Belkalem l’avait fait aussi. Comme son étourneau, l’artiste avait traversé la mer à la recherche d’un ciel plus clément, d’un peu de liberté, pour pouvoir exprimer ses joies, ses peurs, ses frustrations et ses douleurs.

Salah Belkalem était un homme discret mais très sensible. Il portait cette part de fragilité qu’ont les artistes sincères, ceux qui donnent tout ce qu’ils ont et ce qu’ils ressentent. Jamais il n’a imposé ses états d’âme à qui que ce soit, ni ses chansons d’ailleurs. Jamais il n’a considéré ce qu’il donnait comme une part de sacrifice à sa culture ou à une cause. Il a offert tout ce que son cœur renfermait sans calcul et sans rien attendre en retour.  Rarement il parlait de son travail, au contraire, quand il croisait un autre artiste, il lui demandait ce qu’il faisait. Il encourageait tout le monde.

Il aimait les chansons et les livres ; il aimait les grands textes de théâtre des auteurs français qu’il enseignait avec passion à ses élèves de l’Association de Culture Berbère de Paris. Chauffeur de taxi la nuit, il sillonnait infatigablement Paris et sa banlieue pour gagner sa vie, car en plus de sa passion artistique, spécialement théâtrale, il était aussi un père de famille prévenant et généreux.

Il avait fait à Paris sa formation de comédien, puis de professeur. Il parlait un français châtié, sans accent. Il consacrait son temps libre à l’étude des textes du répertoire théâtrale. Il avait donc enseigné pendant des années à l’ACB-Paris, créé des spectacles avec ses élèves, avant de se lancer dans un duo en kabyle avec son ami Aatman Trisiti, l’auteur du célèbre poème « Trisiti ».

Ces dernières années, Salah souhaitait remonter sur scène pour jouer en kabyle. Mais, aussi bien ses problèmes de santé que la rareté de la production et de la création théâtrales de la diaspora kabyle l’en ont empêché.  Il en est resté sur sa faim. Encore une fois, au dam de l’étourneau, ce que Salah voulait réaliser à Paris se trouvait… de l’autre côté de la Méditerranée.

Nous avons demandé à Aatman Trisiti d’évoquer son ami et son ancien partenaire de scène. Une façon de rendre un modeste hommage à un grand Monsieur. A Salah Belkalem, l’ami, le chanteur et l’homme de théâtre.

A. K : Bonjour Aatman, peux-tu d’abord te présenter ?
A. T : Azul a Meẓyan. Je m’appelle Aatman et c’est le public n Iɣzer Umizuṛ qui m’a surnommé TRISITI en 1982, à cause du poème satirique que j’ai fait sur le problème d’électrification des villages kabyles (mon village n’a accédé à l’électricité qu’en 1988, soit quelques mois avant ma « fuite » (d’où la pièce TAREWLA quelques années plus tard).  C’est le grand Muḥend U Yeḥya qui m’a amené à faire de la poésie, en écoutant ses K7 gratuites vers 1979-80, ses textes et ses adaptations théâtrales qui ont révolutionné notre culture. C’est lui Afrux nni i ten d-yesnin wa deffir wa, ɣas a tt-iliḍ d aquran, a ten tt-ruḍ ur d ak-yehwi … Entre 1982 et 1988, j’ai écrit des chansons, que j’ai chantées avec Lakhdar Bazizi dans beaucoup de villages de la wilaya n Bgayet surtout pendant les soirées de Ramadan… J’ai aussi écrit deux pièces de théâtre : une pour le centre culturel n Iɣzer Umizuṛ avec la complicité de Yazid Yessad et une autre pour l’Université n Bgayet avec Lakhdar Bazizi. En 1988, je suis venu en France en vacances et je suis resté, en faisant des études d’aménagement du territoire (3ème cycle) grâce à l’aide matérielle de Muḥend U Yeḥya  et son amie Fadma Amazit, une aide précieuse que je n’oublierai jamais.
En France, j’ai voulu d’abord éditer une K7 audio de mes chansons mais sans succès, car tous les éditeurs m’ont rétorqué qu’il faut que j’y ajoute des chansons de fête, entraînantes, pour que la K7 soit commercialisable. Puis, toujours grâce à Muḥend U Yeḥya, qui m’a tapé à la machine tous mes poèmes, j’ai réussi à publier un recueil intitulé « Satires et poésies sur l’Algérie d’aujourd’hui » avec une préface de Salem Chaker (sorti en 1995). Aussi, j’ai participé à pas mal de spectacles et dans les années 90, j’ai écrit la pièce de théâtre Tarewla dans laquelle j’ai intégré plusieurs de mes poèmes satiriques qui parlent de la situation critique des Algériens et de celles de nos compatriotes en France.

A. K : Quand as-tu rencontré Salah Belkalem
A. T : Salah, si je me souviens bien, c’est toi-même qui me l’a présenté, fin 2001 ou 2002. On a parlé théâtre et tu m’as dit que tu connaissais quelqu’un d’intéressant, qui a de l’expérience dans ce domaine. Effectivement, j’ai découvert que Salah était extraordinaire en matière de jeu théâtral contrairement à moi qui ne faisais que du one-man-show (debout devant un micro sans bouger, sans aucun geste scénique).

A. K : Vous avez joué combien d’années ensemble ?
A. T : On a joué en tout quatre fois la pièce Tarewla, dont seule la dernière a bénéficié d’un nombreux public qui l’a appréciée. Sinon, les autres fois, on jouait devant 15 à 20 personnes (au centre d’animation J. Verdier 75010 en 2003 ; chez Tamazgha en 2004, au Bouffon-Théâtre en 2006 et enfin au Royal-Est en 2017).
Juste après cette représentation au Royal-Est, nous nous sommes chamaillés pour des futilités et on ne s’est plus recontactés. Je regrette amèrement de ne pas avoir cherché à le revoir (le nnif kabyle est parfois destructeur). C’est vraiment dommage que personne ne m’ait informé de son hospitalisation, j’aurais été le voir.

K. A : Comment s’est fait le passage, pour Salah, du rôle de prof de théâtre en français à celui du comédien en kabyle ?
A. T : Naturellement puisqu’il est kabyle avant tout et qu’il maîtrise notre langue.
Son « ancienneté » dans la vie et sa maîtrise du jeu théâtral (vue sa formation) lui ont permis de bien rendre le texte sur scène. Dommage qu’il n’ait pas rencontré Muḥend U Yeḥya quand celui-ci avait une troupe. Ils auraient formé un duo du tonnerre !

K. A : Parle-nous un peu de votre association…
A. T : Notre association était plutôt amicale, basée sur notre passion pour le théâtre en général et le théâtre kabyle en particulier, sans aucun intérêt financier en jeu. Chacun avait son boulot et on se rencontrait pour répéter, en général dans son appartement, sauf à l’approche d’une représentation où on louait des salles dans des associations pour pouvoir jouer sans baisser le son (voisinage …) .
On se rencontrait selon nos disponibilités et nos maladies …

K. A : Quel genre de partenaire était-il ?
A. T : Pendant les répétitions, il était très scolaire et rigoureux. Dans son appartement, on faisait surtout des répétitions à l’italienne pour l’apprentissage ou la mémorisation du texte pendant plusieurs séances. Une fois le texte acquis, on enchaînait une série d’autres séances en récitant le texte avec les intonations, les expressions et les déplacements (très réduits dans l’appartement).
J’ai appris beaucoup de choses avec lui sur le jeu sur scène.

K. A : Et toi, as-tu des projets en solo ?
A. T : J’ai commencé en solo puis passé au duo et peut-être finirais-je en solo. J’attends ma retraite (bientôt) pour avoir le temps de créer des choses dans le numérique et pourquoi pas sur scène.

K. A : Un mot de la fin ?
A. T : En France, actuellement, il y a des ressources mais il manque des lieux pour les partager.
Beaucoup de gens voudraient bien s’exprimer à travers leurs créations mais on dirait qu’il manque des endroits et des occasions pour le faire.
Et que Salah repose en paix. Le pauvre, il s’est sacrifié, il a trop travaillé : A 70 ans, il n’était pas question pour lui de s’arrêter de faire le taxieur !!!

Ameziane Kezzar

Avril 1980 – Avril 2021

A l’occasion de la commémoration de Tafsut Imaziɣen (Printemps berbère) l’Association de Culture Berbère – Paris propose une semaine spéciale autour du mouvement kabyle d’avril 80, première manifestation publique d’envergure, pacifique et citoyenne, depuis l’indépendance.

Rencontres, hommage, mémoire, mais aussi Histoire, mises en perspective, actualité et convergences des luttes.

4 rencontres exceptionnelles, les 19, 20, 21 & 24 avril à 19h30
En direct sur la page Facebook de l’ACB – Paris :

19 avril 2021 à partir de 19h30 avec Tassadit Yacine et Hafid Adnani
Hommage à Mouloud Mammeri (1917-1989)

Directrice d’études à l’EHESS, Tassadit Yacine est une anthropologue de renom, spécialiste du monde berbère. Hafid Adnani est journaliste, président de l’association Tamusni. Ils viennent de rééditer, accompagné d’une préface inédite, La Face cachée de Mouloud Mammeri (Koukou éditions, Algérie).
L’ouvrage dévoile un côté méconnu de Mouloud Mammeri concernant son engagement pour la cause algérienne, ses positions politiques et son combat pour une Algérie libre, notamment à travers ses pamphlets contre la colonisation française. Pour Tassadite Yacine, le livre « est né à partir de discussions avec Hafid Adnani qui travaille sur les élites algériennes en période coloniale, dans le sillage de mon livre Chacal ou la ruse des dominés (éditions Casbah) et qui constatait – en le regrettant – que des publications importantes existaient et qu’elles n’étaient pas connues du grand public et surtout des Algériens à qui ce travail est destiné en premier lieu ».
En mars 1980, c’est l’interdiction de la conférence que devait donnée Mouloud Mammeri à l’université de Tizi Ouzou sur les Poèmes kabyles anciens, qui sera à l’origine des mobilisations du Printemps berbère.

Rencontre animée par Mustapha Harzoune


Le 20 avril à partir de 19h30 avec Ali Guenoun
La question kabyle dans le nationalisme algérien – La place et le rôle de l’historien

Ali Guenoun est historien. Il vient de publier La question kabyle dans le nationalisme algérien 1949 -1962, Préface de Omar Carlier ; Postface de Mohamed Harbi. Ed. Le Croquant 2020, collection Sociétés et politique en Méditerranée dirigée par Aïssa Kadri, Hocine Zeghbib et Delphine Perrin.
Ali Guenoun est un jeune historien rigoureux et précis. Son travail mené sur plusieurs années aide à réfléchir, sereinement, à la genèse du fait national algérien et à poser, avec la même rigueur et la même sérénité, les éléments du débat qui traverse aujourd’hui la société algérienne, et au-delà. Ce livre traduit une méthode mais aussi une attitude marquée par le souci d’honnêteté (précisions des sources, évaluation et discussion des points de vue et des opinions, formulation explicite des hypothèses etc.) ET courageux : l’Histoire est cruelle et il n’est pas certain qu’on accepte de la regarder en face, sans idéalisation ni romantisme.

Rencontre animée par Mustapha Harzoune


Le 21 avril à partir de 19h30 avec Feriel Lalami
Revendications culturelles et droits des femmes, quelles convergences ?

Feriel Lalami est docteure en sociologie et politologue algérienne, auteure de l’ouvrage Les Algériennes contre le Code de la famille : la lutte pour l’égalité, Presses de Sciences Po, 2012.
« Les défenseurs du tamazight sont les fondateurs de l’Algérie nouvelle. Ils ne sont pas les seuls. Il faut aussi compter avec les femmes. Ce n’est pas par hasard que les manifestations de Tizi-Ouzou en 1980 se soient produite la même année que celles des femmes au centre d’Alger. Et la preuve vivante que c’est le même mouvement, on la trouve dans l’histoire de la Kahina, notre héroïne nationale, telle que je l’évoque dans la guerre de Deux Milles ans : « Ils s’étonnent de nous voir dirigés par une femme. / C’est qu’ils sont des marchands d’esclaves / Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre. Pour eux la plus belle fille n’est qu’une marchandise. (…) Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable. / Ils nous appellent Berbères (…) ». Bien sûr il s’agit du grand Kateb Yacine (préface à Tassadit Yacine, Aït Menguellet chante…, La Découverte, 1989) et c’est toujours Kateb qui, sans doute le premier, pose cette question de la convergence des luttes culturelles et des luttes pour l’égalité femme-homme dans le combat pour la démocratie. Qu’en est-il de cette convergence et des conditions de sa réalisation ?

Rencontre animée par Soad Baba-Aïssa


Le 24 avril à partir de 19h30 avec Said Sadi
Avril 80 : pour une mise en perspective

Said Sadi fut au centre de la mobilisation du Printemps berbère. Il fait partie des 24, camarades de combat, qui seront détenus jusqu’au mois de juin. En 1980, il avait 33 ans. Médecin, spécialiste en psychiatrie, militant culturel, écrivain (Askuti, Imedyazen, 1982), essayiste, biographe (Amirouche ou Chérif Kheddam), responsable politique, Said Sadi est une figure de premier plan de l’Algérie contemporaine.  Depuis 2020, il a entrepris d’écrire ses mémoires. Après un premier tome, La Guerre comme berceau (1947-1967) paru chez Frantz Fanon en 2020, il vient de publier le Tome 2, La fierté comme viatique (1967-1987) chez le même éditeur. Au centre de cette livraison il y a l’émergence du mouvement culturel berbère, sa consolidation, le Printemps berbère d’Avril 80 et le combat pour les droits de l’Homme avec la création de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, pour laquelle avec Arezki Aboute, Arezki Aït-Larbi, Saïd Doumane, Ferhat Mehenni, Ali Fawzi Rebaïne, il fut interné dans le terrible pénitencier de Tazult-Lambèse.

L’occasion de revenir avec l’acteur et témoin sur ces événements et, avec l’analyste et l’intellectuel, de les inscrire dans l’ici et le maintenant.

Rencontre animée par M’Hidine Ouferhat & Mustapha Harzoune

Notre ami Daniel Duchemin nous a quitté

Nous sommes tristes. Une fois encore. Une fois de trop. Notre ami Daniel Duchemin nous laisse tomber. A son tour. Daniel Duchemin appartient à l’histoire de l’Association de Culture Berbère depuis son premier âge. Il en a été un membre actif puis, durant de longues années, le trésorier. Un simple et fidèle militant, invisible comme toutes celles et tous ceux qui ont porté, organisé, accueilli, « sécurisé », conseillé…, celles et ceux qui ont donné de leur temps et de leur énergie de manière désintéressée et anonyme. Une génération s’en va. Sur la pointe des pieds. Il faudra demain être à la hauteur de ces femmes et de ces hommes, berbérophones et arabophones, Français et Algériens, jeunes et vieux… qui ont incarné notre projet, sur plus de 40 ans. Sans bruit et sans gloriole. Avec abnégation. Portés par la seule conviction d’aider à construire une société plus juste et plus humaine. Et, peut-être, par l’amitié. Surtout par l’amitié.

« Duduche » était un ami et un frère. Un Parisien « sans racines » – ce qui avait laissé incrédules un essaim de gamins qui revendiquaient haut et fort leurs origines africaines, kabyles ou autres. Lui, embrassait l’humanité tout entière. Sans romantisme ni salamalecs. Simplement. En homme libre, gouailleur et rieur, épicurien et ripailleur, affectueux et rabelaisien. Sans dieu ni maître. Parisien du cru et Amazigh de cœur.

Daniel Duchemin était à l’image de l’ACB, comme l’ACB était à l’image de Daniel : ouvert, laïc, fraternel, militant et pas moins festif pour autant. Féministe aussi, Daniel soutenait, avec force, au sein de l’ACB, les initiatives du « groupe Femmes » animé entre autres par Nathalie, sa femme, et la regrettée Nasséra Si Mohamed. Daniel Duchemin a été de tous nos combats, de toutes nos initiatives. Il était proche des personnalités qui nous ont accompagnés à commencer par Kateb Yacine, qui l’avait surnommé le « barbare gaulois ». « Barbare » comme berbère bien sûr, mais aussi comme figure du rebelle aux « impostures » civilisationnelles.

Nous perdons un ami et notre cause se réveille orpheline. Autour de l’ACB, l’espace de l’invisible devient plus peuplé que le monde visible…

Daniel Duchemin avait 71 ans. Toute sa vie professionnelle, toute sa vie a été consacrée aux autres, à la solidarité, à la construction d’une société plus attentive aux humbles, aux exclus, à l’Autre. Cette grande figure de Ménilmontant a commencé par tâter de l’alphabétisation dans les bidonvilles et les cités de transit, a travaillé dans les foyers Sonacotra avant de devenir directeur du Relais de Ménilmontant. Il a été administrateur ou simple militant de nombreuses associations de notre quartier, à commencer par l’ACB. Il a exercé des fonctions au sein du Fonds d’action sociale (FAS) ou comme élu à la Mairie du XXe. À la retraite, il a poursuivi sur la même pente, continuant à assumer des responsabilités au sein de diverses structures, notamment pour l’association Génériques dont il fut le secrétaire général.

Dans l’équipe de l’ACB, Daniel Duchemin était toujours du dernier carré à quitter nos (trop) longues soirées, mélange de joyeuses amitiés et de projets grandioses élaborés dans les brumes matinales. Ce gaillard, à la carrure d’une première ligne de rugby (ce sport qu’il avait pratiqué et aimé), à la voix de basse dont il abusait pour pousser la chansonnette – entre Aristide Bruant et Idir -, ce lutteur au physique d’Hercule paraissait indestructible. « Ceux qui s’amusent ont beau n’avoir jamais sommeil, ils n’en meurent pas moins, tout comme les autres » écrit René Crevel. Daniel Duchemin vient de partir. Trop tôt cette fois. Bien trop tôt.

Nathalie, nous sommes avec toi.

L’équipe et les ami.e.s de l’ACB

Langues de l’immigration : les vrais enjeux

Les Berbères de France sont-ils les oubliés des politiques linguistiques et culturelles ? Qu’en est-il des langues parlées et/ou portées par les populations issues des migrations nord africaines ?  Plutôt que de valoriser une seule langue – quelle qu’elle soit – ne serait-il pas plus juste et plus constructif de respecter la diversité linguistique et culturelle en France ? La lutte contre le séparatisme ne passe-t-elle pas d’abord par le respect des réalités et de la diversité culturelles ? Enseigner l’arabe, oui mais quel arabe et pourquoi ? Faut-il enseigner à l’école les langues de l’immigration ? Quelle place tiennent les langues dans la construction identitaire et la reconnaissance de chacun.e. ? etc.

Ces questions, et d’autres, constituent la trame de l’entretien donné samedi 30 janvier par Omar Hamourit à l’occasion de la parution de la tribune « La langue maternelle des immigrés n’est pas l’arabe » cosignée avec Tassadit Yacine et Pierre Vermeren.

Yennayer : festivités et symboles

Yennayer c’est la fête ! Une fête que l’Association de culture berbère partageait depuis des années avec ses adhérents et la troupe Ideballen du fidèle et ami Saïd Axelfi. Un virus en a décidé autrement en cette année 2971 du calendrier berbère (voir l’article de Mourad Aït Mesghat). On ne partagera pas cette année « le blé et le sel » (« tagella d lemleḥ ») au siège de l’association. Pas non plus les rythmes du tbal ni les mélodies de la ghaïta. Point de danses des adultes et pas non plus de courses joyeuses des enfants dans notre modeste « taddert di Ménilmontant » de la rue des Maronites. Pour autant, cela ne doit empêcher personne de fêter Yennayer. C’est une approche pédagogique, ludique et festive du réveillon et du jour de l’an berbère que nous vous proposons malgré tout aujourd’hui. Une approche qui fait (un peu) de place à l’actualisation d’une tradition, sa mise au goût du jour et aux exigences nouvelles des lieux et des temps. Avant de nous retrouver l’année prochaine. Aseggas ameggaz i yal yiwet, i yal yiwen. Bonne année à chacune et à chacun.
Le mot Yennayer s’apparente au latin enneyer (janvier). Il marque les débuts du solstice d’hiver, le soleil qui reprend ses marques et sa place, les jours qui rallongent et la lumière qui s’en revient. Tout cela réchauffe les espoirs prêtés à la nouvelle année qui s’ouvre. Yennayer n’est pas seulement fêté en Kabylie : c’est une fête célébrée traditionnellement dans toutes les régions d’Afrique du nord. Des célébrations qui donnent lieu à des rites et des préparations très diversifiées d’est en ouest et du nord au sud de Tamazgha. Aucune exhaustivité donc dans cette présentation, sorte de vade-mecum ou guide pour Yennayer. (suite…)