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Molière – Mohia : Un entretien avec Ameziane Kezzar

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« Le pouvoir sait ce dont l’art est capable »

Cette année marque le 400è anniversaire de la naissance de Molière et le 42è anniversaire du Printemps berbère. Voilà une double et opportune occasion de revisiter une autre œuvre et une autre vie,  celle d’Abdellah Mohia, alias Muhend U Yehya qui a adapté, en kabyle, deux pièces de Molière (Si Lehlu pour Le Médecin malgré lui et Si Pertuf pour Tartuffe).

Ecrivain, traducteur, parolier, Ameziane Kezzar a travaillé avec Muhend U Yehya. Il revient ici sur ce parcours exceptionnel dans un entretien qui montre l’actualité d’un travail et surtout les horizons sur lesquels il ouvre. « La victoire est possible autrement » de cela le pouvoir, tous les pouvoirs, en ont conscience. (suite…)

Mercredi 4 mai 2022 à 19h00

 « Idir, un kabyle du monde » est le premier et le seul titre pour ce livre qui m’est venu à l’esprit. Il n’y en a pas eu d’autres. Je l’ai noté d’un seul trait un soir de juillet sur une feuille. Ce titre résume la vie, la musique et les engagements d’Idir. Un artiste qui a porté et emporté la Kabylie à travers le monde » rapporte Farid Alilat l’auteur de cette biographie, nourrie d’une quarantaine de témoignages de proches (famille, intimes, musiciens, chanteurs, producteurs, directeurs artistiques, amis d’enfance, de collège, de fac ou de caserne, tourneurs et paroliers).

« Auteur, compositeur et interprète, Idir, de son vrai nom El Hamid Cheriet, est plus qu’un chanteur. Il est le porte-voix de la langue kabyle, le porte-drapeau d’une culture qu’il a fait découvrir dans le monde entier.
La jeunesse d’Idir, au village d’Aït Lahcène et dans les montagnes du Djurdjura qui l’entourent, est marquée par les traditions berbères, les chants et les récits de sa mère et de sa grand-mère. Une enfance qui porte aussi l’empreinte de la guerre d’Algérie. Passionné de musique mais destiné au métier de géologue, sa carrière démarre presque hasard un soir de 1973 à la radio. Deux ans plus tard, sa chanson phare, « A Vava Inouva », devient un tube international.
Installé en France en 1975, il s’est battu pour les sans-papiers, a chanté pour l’Arménie, collecté des fonds pour SOS Racisme, inauguré l’une des premières écoles Diwan en Bretagne… Idir a fait chanter la Kabylie par d’autres célébrités issues d’horizons divers. Il a jeté des ponts avec l’Afrique en partageant la scène avec l’ougandais Oreyma ou la malienne Ramata Diaketé. Oui, Idir est un kabyle du monde.
 »

 

Ponctuations musicales avec Saïd Achab et ses élèves de l’atelier guitare de l’ACB

du 18 avril au 4 mai 2022

Depuis plus de 40 ans, malgré les provocations et les arrestations, les intimidations et les tortures, les violences et le nombre de victimes – 132 morts en 2001 –, la Kabylie est le théâtre d’initiatives et de manifestations publiques, citoyennes, non violentes, inventant des formes de mobilisation collective et de désobéissance civile inédites dans l’histoire des luttes politiques et des consciences citoyennes. (suite…)

Du 18 avril au 28 mai 2022

Farid Mammeri revient cette année avec une nouvelle exposition de peintures sur les cimaises de l’ACB. « Ressacs » est le titre choisi pour ce nouveau rendez-vous. « Ressacs ». Au pluriel ! Peut-être comme ces vagues qui ne cessent de charrier l’espoir, et dont le mouvement d’aller et de retour finira par user tous les murs de toutes les prisons… A moins qu’il ne s’agisse d’une lime, du mouvement de la lime : « O moineaux d’Algérie, il y a des barreaux dans vos têtes et pas une lime sur le marché ! » écrit-il.

Ressacs, ce sont une trentaine de toiles qui offrent au visiteur l’opportunité de contempler le regard que pose cet artiste singulier sur le monde. Sa première exposition remonte à 1973, à Alger. Peu de temps avant qu’il ne devienne un journaliste culturel de renom pour ses émissions radiophoniques de la Chaîne 3 :  « Chronique des arts » d’abord puis, à partir de 1980, en plein Printemps berbère « Esquisse ».

Journaliste, poète, peintre, Farid Mammeri est tout cela à la fois. Rêveur impénitent, imbibé de culture, assoiffé de liberté, Farid Mammeri traduit son monde, notre monde, par des tableaux où les couleurs et la lumière tantôt embrasent les âmes, tantôt réchauffent les cœurs. Sur ces toiles, aux inspirations multiples, l’énergie se dispute, si ce n’est à la sérénité, à tout le moins au calme. La force tranquille du pinceau. Ou de la vague.

Mercredi 20 avril à 19h

Debza (le « poing ») est une troupe de théâtre célébrissime en Algérie, engagée et bien engagée, à gauche gauche. Il faut dire qu’elle a été créée en 1979 par des étudiants d’Alger majoritairement issus de l’association Action Culturelle des Travailleurs du non moins célèbre écrivain, dramaturge et militant Kateb Yacine soi-même !

Debza a rassemblé du beau monde, de l’énergie et du courage à revendre. Côté « canal historique », le premier cercle des fondateurs compte Djamel Zenati, Salim Bensedira, Abdelatif Bounab (dit Titif), Mustapha Bacha, Rabah Belaouane, Omar Zeggane, Malek Kara sans oublier Meziane Ourad, ici devant comédien, à la une de la couverture, le bras levé (à défaut du poing), journaliste aujourd’hui. Et que ceux qui ne sont pas cités nous pardonnent. Car il y en eut d’autres par la suite, comme il y eut des divergences de vues et d’orientations, des anicroches et des séparations, des nouveaux venu(e)s, et des matins nouveaux, jusqu’en 1990. Tout cela sera balayé par l’Histoire et sa grande H pour retenir une expérience artistique hors norme, symbole d’une génération de démocrates et fleuron de la scène culturelle algérienne.

1979 ! Un an avant Le Printemps berbère. Debza n’avait pas attendu que la jeunesse et les populations kabyles déferlent dans les rues de Tizi pour revendiquer la reconnaissance de tamazight et de l’arabe algérien (darija) et faire de ce dernier, l’héritier du berbère ancestral davantage que le rejeton de l’arabe des sables.

L’anthropologue Farida Aït Ferroukh, adepte de l’approche systémique, situe son travail de recherche à l’intersection de trois événements ou ruptures historiques de l’Algérie indépendante : Kateb Yacine, le Printemps berbère et Debza. Ici se mêlent engagement politique, revendications culturelles, diversité des opinions – la « merveilleuse providence des couleurs » (Sénac) –  création artistique et enfin l’œuvre et la stature d’un intellectuel de premier plan, à la dimension internationale.

« À travers la troupe Debza et son parrain Kateb Yacine, Farida Aït Ferroukh revisite la face méconnue du Printemps berbère dans ses prolongements algérois. Engagés dans les comités universitaires autonomes avant d’investir les planches par le chant et le théâtre, les comédiens-amateurs étaient en première ligne dans la lutte pour une Algérie démocratique, et la réhabilitation de son identité plurielle. « Langues au poing », Kateb Yacine et « ses » jeunes ont jeté des passerelles entre les communautés, que les manipulateurs de l’ombre tentent encore de dresser les unes contre les autres pour neutraliser leur quête commune d’émancipation citoyenne ».

Mercredi 27 avril de 18h à 20h 30

Depuis plus de 40 ans, malgré les arrestations, les intimidations, les violences et le nombre de victimes – 132 morts en 2001 –, la Kabylie est le théâtre d’initiatives et de manifestations publiques, citoyennes, non violentes, inventant des formes de mobilisation collective et de désobéissance civile inédites dans l’histoire des luttes politiques et des consciences citoyennes.  

Qu’est-ce que demandent depuis des décennies ces hommes et ces femmes : la reconnaissance du fondement berbère et de la pluralité culturelle de leur pays, l’instauration d’un État de droit reconnaissant notamment l’égalité entre femmes et hommes, la libre conscience et la justice sociale.

Aujourd’hui encore, il s’agit de convaincre, pacifiquement, de marquer l’Histoire, dans ses fondements comme dans sa durée, de s’ouvrir au monde plutôt que de s’en exclure, d’élargir les horizons de l’intelligence et la palette des émotions par la culture et des initiatives collectives réinventées, par la revendication d’une conscience éclairée et d’une citoyenneté critique, ce que le poète Ben Mohamed nomme la « conscientisation ».

« La victoire est possible autrement » rappelait l’écrivain Ameziane Kezzar dans un entretien consacré à l’auteur et poète kabyle Muhend U Yahya (décembre 2005). De cet « autrement » il sera question à travers la figure – renouvelée ou à renouveler – de Jugurtha ; à travers les enjeux des mobilisations récentes. A travers la résistance et la résilience du Verbe, celui des poètes (Aït Menguellet, Ben Mohamed, Muhend U Yahya, Idir ou Kateb Yacine), celui des romanciers et semeurs de tamazight (Aomar U Lamara), celui de journalistes et d’universitaires engagés (Méziane Abane, Farida Aït Ferroukh) ou encore celui d’un Jugurtha, « Eternel » et nouveau !

 

Samedi 30 avril 2022 à 15h00

Nombre de commentateurs, de spécialistes et autres admirateurs du chanteur et poète Aït Menguellet verraient bien l’honorable Académie suédoise décerner le prix Nobel au barde kabyle. Cela ne serait pas incongru. Outre le fait qu’un autre poète-chanteur ou chanteur-poète s’est vu gratifié du prix en 2016, en l’occurrence Bob Dylan, l’œuvre d’Aït Menguellet mériterait aussi d’être couronnée et reconnue bien au-delà du cercle de ses admirateurs. Pour sa langue d’abord, enracinée et poétique, ce « don d’asefru » où le dire rime avec éclairer. Pour ses thèmes, nombreux et modernes. Pour sa philosophie, morale ou politique, elle aussi ancrée dans la tamusni ou sagesse kabyle. Pour une carrière à la longévité exceptionnelle. Pour un parcours, droit et exigeant. C’est ce que l’écrivain Amin Zaoui laissait entendre le 5 janvier 2019 quand il imaginait et justifiait l’attribution du Nobel à la littérature amazighe (Liberté). Kacem Madani partage sans doute ce souhait lui qui écrivait en 2012 : « bien souvent, quand j’écoute Aït-Menguellet, je pense à mes compatriotes arabophones, ceux qui n’ont pas la chance de le comprendre, car, encore une fois, on a beau aimer Brel, Brassens, El-Hadj-el-Anka, Abdelhalim Hafez ou Bob Dylan, il manquera toujours un chapitre de philosophie poétique à son encyclopédie universelle si on ne comprend pas Monsieur Aït-Menguellet. »

C’est ce qu’il propose dans son dernier livre, où, entre textes et traductions, il ne vise rien moins que d’enrichir l’« encyclopédie universelle » de tous et de chacun par l’œuvre et la figure du poète-amusnaw Aït Menguellet.

Ponctuations musicales avec Saïd Achab et ses élèves de l’atelier guitare de l’ACB